Quand faire l’amour devient douloureux
On parle beaucoup des douleurs sexuelles chez les femmes. Elles sont pourtant loin d’être exclusivement féminines.
Chez certains hommes, la douleur peut apparaître pendant la pénétration, au moment de l’éjaculation ou après celle-ci. Elle peut aussi être ressentie dans le pénis, les testicules, le périnée ou le bas-ventre. Parfois, elle est ponctuelle. Dans d’autres situations, elle revient régulièrement et finit par modifier la manière dont on vit sa sexualité.
Ces douleurs sont parfois difficiles à aborder. Elles peuvent donner l’impression qu’il faut « supporter », changer de position, éviter certains rapports ou simplement attendre que cela passe.
Pourtant, une douleur sexuelle répétée mérite d’être prise au sérieux.
Qu'appelle-t-on " dyspareunie masculine " ?
La dyspareunie désigne une douleur ressentie dans la région pelvienne en lien avec une activité sexuelle avec pénétration. Le terme peut donc être utilisé chez l’homme comme chez la femme. Il ne décrit pas la cause de la douleur : il décrit avant tout ce que la personne ressent.
Il existe également des douleurs pelviennes qui ne surviennent pas uniquement pendant les rapports mais qui ont malgré tout des conséquences importantes sur la sexualité.
« J’ai mal quand j’éjacule » : une situation à ne pas banaliser
La douleur à l’éjaculation est probablement l’une des manifestations les plus caractéristiques des douleurs sexuelles masculines.
La douleur peut être légère ou importante et être ressentie dans le pénis, les testicules ou le périnée, pendant ou après l’éjaculation. Plusieurs situations peuvent être associées à ce symptôme, notamment certaines infections sexuellement transmissibles, des problèmes inflammatoires ou urologiques, des antécédents chirurgicaux ou certains traitements. Dans certains cas, aucune cause précise n'est retrouvée.
L’éjaculation douloureuse n’est donc pas forcément le signe d’une maladie grave. Mais lorsqu’elle se répète, elle mérite une évaluation plutôt que d’être simplement ignorée.
Pourquoi les rapports peuvent-ils être douloureux chez l’homme ?
Les causes sont nombreuses, et il n’est pas toujours possible d’en identifier une seule.
Une douleur sexuelle peut être liée à un problème local : irritation, infection, inflammation ou autre affection urologique. Certaines interventions ou traitements peuvent également jouer un rôle. Les douleurs peuvent aussi s’inscrire dans un syndrome de douleur pelvienne chronique, dans lequel les symptômes urinaires, sexuels, musculaires et douloureux peuvent se mêler.
Le plancher pelvien peut également participer aux symptômes. Ces muscles interviennent notamment dans les fonctions urinaires et sexuelles. Chez certains hommes présentant des douleurs pelviennes chroniques, leur fonctionnement peut être perturbé et certaines zones musculaires peuvent devenir douloureuses ou hypersensibles. L’évaluation du plancher pelvien fait d’ailleurs partie des possibilités d’examen dans ce contexte.
Enfin, la douleur ne se résume pas toujours à une anomalie visible sur un examen.
Le système nerveux peut devenir plus sensible après des douleurs répétées. Le stress, l'appréhension, la fatigue, la peur que la douleur revienne ou les conséquences relationnelles de la situation peuvent alors contribuer à entretenir le problème.
Cela ne signifie pas que « la douleur est dans la tête ».
Cela signifie que la douleur est une expérience qui implique le corps, le système nerveux, les émotions et le contexte dans lequel elle apparaît.
Quand la douleur commence à modifier la sexualité
Une douleur sexuelle ne reste pas toujours limitée à quelques minutes de rapport. Lorsqu'elle revient, il est assez logique de commencer à anticiper.
On peut éviter certaines pratiques, interrompre un rapport, avoir plus de difficultés à se laisser aller ou perdre progressivement l’envie.
La douleur peut également perturber l’érection ou l’éjaculation parce que l’attention se déplace vers la surveillance du corps et la crainte de la douleur.
Chez les hommes concernés par un syndrome douloureux pelvien chronique, les difficultés érectiles et éjaculatoires font partie des plaintes sexuelles fréquemment rapportées.
Et si les examens ne montrent rien ?
Dans certaines douleurs pelviennes chroniques, aucune infection ni lésion locale évidente n’est retrouvée. Il peut alors être utile de regarder plus largement ce qui se passe : localisation de la douleur, circonstances d'apparition, fonctionnement du plancher pelvien, symptômes urinaires ou digestifs, sexualité, stress, sommeil, traitements et conséquences sur la vie quotidienne.
L’absence d’une anomalie visible ne signifie donc pas qu’il n’y a rien à faire.
Faut-il consulter un médecin ?
Lorsqu’une douleur sexuelle est nouvelle, importante, répétée ou persistante, une évaluation médicale est importante afin de rechercher une éventuelle cause urologique, infectieuse, médicamenteuse ou autre.
Selon les symptômes, le médecin pourra orienter vers un médecin généraliste, un urologue ou un autre professionnel compétent.
Cette étape est particulièrement importante lorsque la douleur s’accompagne d’autres symptômes inhabituels : troubles urinaires, douleur testiculaire persistante, fièvre, sang dans les urines ou le sperme, écoulement, lésion ou douleur importante.
La consultation sexologique peut ensuite être complémentaire.
Que peut apporter la sexologie dans les douleurs sexuelles masculines ?
Lorsque la cause médicale a été recherchée ou prise en charge, il reste parfois beaucoup de choses à travailler.
Un.e sexologue peut notamment aider à comprendre :
- ce qui déclenche ou augmente la douleur ;
- ce qui se passe avant, pendant et après les rapports ;
- comment la douleur a modifié la sexualité ;
- comment l'appréhension influence les sensations ;
- comment retrouver progressivement une sexualité moins centrée sur la douleur ;
- comment communiquer avec son ou sa partenaire lorsque la sexualité est devenue source de tension.
Il peut être nécessaire de sortir temporairement d'une logique de performance ou de pénétration obligatoire, puis de retrouver progressivement des expériences sexuelles qui restent compatibles avec le confort de la personne.
Et dans le couple ?
La douleur sexuelle concerne rarement uniquement la personne qui la ressent.
Le ou la partenaire peut avoir peur de faire mal, se sentir rejeté·e, ne plus savoir comment proposer un rapport ou interpréter l’évitement comme un manque de désir.
De son côté, la personne douloureuse peut ressentir de la culpabilité, de la frustration ou la crainte de décevoir.
La sexualité peut alors progressivement devenir un sujet de tension alors que le problème initial était avant tout une douleur.
En parler permet de remettre les choses à leur place : refuser une pratique douloureuse n’est pas refuser son partenaire.
Une sexualité satisfaisante ne se résume d'ailleurs pas à une seule pratique sexuelle. Lorsque la pénétration est douloureuse, d’autres formes d’intimité et de plaisir peuvent permettre de maintenir une vie sexuelle pendant que la situation est explorée et prise en charge.
Une douleur sexuelle n’est pas quelque chose qu’il faut simplement apprendre à supporter
Les douleurs sexuelles masculines restent relativement peu visibles dans les conversations sur la santé sexuelle.
Pourtant, elles existent et peuvent avoir des conséquences importantes. Certaines nécessitent un traitement médical. D’autres s’inscrivent dans un contexte de douleur pelvienne chronique et demandent une prise en charge plus globale.
Si une douleur revient, s’installe ou commence à modifier votre manière de vivre votre sexualité, il est légitime d’en parler.
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