Cancer du sein et sexualité, un sujet dont on devrait davantage parler
Octobre Rose est devenu un rendez-vous important pour parler du cancer du sein, du dépistage, de la recherche et de l’accompagnement des personnes concernées. En Belgique, le cancer du sein reste le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez la femme.
Mais il existe un sujet dont on parle encore assez peu : la sexualité pendant/après un cancer du sein.
Et pourtant, le cancer et ses traitements peuvent avoir des conséquences très concrètes sur la vie intime.
Quand le corps change, la sexualité peut changer aussi
Une opération, une chimiothérapie, une radiothérapie ou certains traitements hormonaux peuvent modifier la manière dont on habite son corps. Une cicatrice, une modification de la poitrine, une reconstruction, une perte de cheveux ou des changements de poids peuvent influencer l’image de soi et le sentiment de désirabilité. Il faut parfois du temps pour se réapproprier cette nouvelle image.
À cela peuvent s’ajouter la fatigue, le stress, l’anxiété, la peur d’une récidive ou simplement le fait que, pendant un temps, la maladie et les traitements prennent toute la place.
Et puis il y a les effets physiques.
Certains traitements hormonaux utilisés dans le cancer du sein peuvent entraîner une diminution des œstrogènes. Cela peut provoquer une sécheresse vaginale, une diminution du désir ou rendre l’excitation et les rapports plus difficiles. La sécheresse peut elle-même entraîner des douleurs pendant les rapports. Une douleur qui revient peut alors conduire à appréhender les rapports, à éviter certaines situations ou à avoir moins envie. Un cercle assez classique peut ainsi s’installer : douleur, appréhension, tension, moins de plaisir… puis encore plus d’appréhension.
Les études consacrées aux femmes ayant eu un cancer du sein retrouvent d’ailleurs fréquemment des difficultés concernant le désir, l’excitation, la lubrification, l’orgasme ou les douleurs sexuelles.
Et le couple dans tout cela ?
Le partenaire peut lui aussi être un peu perdu.
Il peut avoir peur de faire mal, de toucher une zone devenue sensible, de ne plus être désiré ou, tout simplement, ne pas savoir comment retrouver une intimité qui ne ressemble plus exactement à celle d’avant.
De son côté, la personne malade peut avoir envie de proximité sans forcément avoir envie d’un rapport sexuel. Elle peut avoir besoin d’être touchée, embrassée, rassurée ou simplement retrouvée dans son couple, sans que cela doive automatiquement mener à une relation sexuelle.
Il n’existe pas une seule manière de retrouver une intimité après un cancer.
Quel peut être le rôle d’un sexologue ?
C’est précisément là qu’un accompagnement sexologique peut avoir sa place.
Une consultation de sexologie ne remplace évidemment ni l’oncologue, ni le gynécologue, ni les autres professionnels qui suivent le cancer. Elle vient plutôt compléter le parcours de soins lorsque la sexualité, l’intimité ou la relation de couple deviennent difficiles.
Le travail peut commencer très simplement : mettre des mots sur ce qui a changé.
Est-ce une douleur ? Une sécheresse ? Une perte de désir ? Une difficulté à retrouver l’excitation ? Une image du corps qui a changé ? La peur d’avoir mal ? Une difficulté dans le couple ? Plusieurs de ces éléments en même temps ?
Il peut ensuite s’agir de retrouver progressivement une sexualité qui convient à la personne, sans chercher à reproduire exactement celle d’avant.
Cela peut passer par une meilleure compréhension des réactions du corps, la recherche de nouvelles formes de plaisir et de proximité, le travail autour de l’appréhension de la douleur, de l’image corporelle ou encore la communication avec le partenaire.
Lorsque des symptômes physiques sont présents, le sexologue peut également aider à les identifier et à orienter vers le professionnel médical approprié. Par exemple, une sécheresse ou des douleurs persistantes méritent une véritable évaluation médicale plutôt que d’être simplement supportées.
Cette approche globale correspond aux recommandations d'aborder les difficultés sexuelles dans le parcours de soins et que des accompagnements psychologiques ou psychosexuels puissent être proposés.
Après un cancer, il n’y a pas de « retour à la normale » obligatoire
C’est peut-être l’idée la plus importante.
Après un cancer du sein, certaines personnes retrouvent rapidement une sexualité proche de celle qu’elles connaissaient avant. Pour d’autres, les choses changent davantage. Et parfois, la sexualité revient autrement, avec d’autres envies, d’autres limites et d’autres façons d’être proche.
Il n’y a pas d’obligation de redevenir rapidement « comme avant ». La sexualité peut reprendre une place progressivement, lorsque le corps, la tête et le couple sont prêts à lui en faire une.
Et si cette question n’a jamais été abordée pendant le parcours de soins, il n’est jamais trop tard pour en parler.
Octobre Rose peut aussi être l’occasion de rappeler que prendre soin de sa santé sexuelle fait partie du fait de prendre soin de soi, pendant et après un cancer du sein.