Mycoses, cystites, vaginoses… et la sexualité ?

Une brûlure, quelques démangeaisons, une envie d’uriner plus souvent, des pertes inhabituelles ou une gêne après un rapport. Ce sont des symptômes fréquents, souvent bénins, mais qui peuvent rapidement prendre beaucoup de place dans la vie sexuelle.

Ces problèmes courants ne sont pas, dans la majorité des cas, des infections sexuellement transmissibles. Cela ne veut pourtant pas dire qu’ils n’ont aucun rapport avec la sexualité. Les rapports peuvent parfois favoriser leur apparition, les symptômes peuvent rendre les relations inconfortables et, à force de récidives, on peut finir par appréhender les rapports sexuels eux-mêmes.

L’objectif n’est donc pas seulement de faire disparaître l’infection ou le déséquilibre. Il est aussi de comprendre ce qui se passe pour pouvoir retrouver une sexualité confortable, sans culpabilité et sans transformer chaque rapport en source d’inquiétude.

Mycose, vaginose, cystite : de quoi parle-t-on exactement ?

Une mycose vaginale, le plus souvent due à une levure appelée Candida albicans, correspond à une prolifération excessive d’un micro-organisme qui peut normalement être présent dans l’organisme. Elle peut provoquer des démangeaisons, des brûlures, une irritation de la vulve, des douleurs et parfois des pertes épaisses. La prise récente d’antibiotiques, certaines modifications hormonales, la grossesse ou un diabète mal équilibré peuvent notamment favoriser sa survenue. Mais il est important de le rappeler : dans de nombreux cas, on ne retrouve aucune cause particulière.

La vaginose bactérienne est différente. Il ne s'agit pas simplement d'une « mauvaise bactérie » attrapée à l'extérieur. C'est plutôt un déséquilibre de l'écosystème vaginal, avec une diminution des lactobacilles habituellement dominants et une augmentation de différentes bactéries. Elle peut entraîner des pertes plus abondantes, une odeur inhabituelle, parfois une irritation, mais certaines femmes n'ont absolument aucun symptôme.

La cystite, elle, concerne les voies urinaires. La plupart des cystites simples chez la femme sont dues à des bactéries intestinales, notamment Escherichia coli, qui parviennent à atteindre la vessie. Les rapports sexuels constituent un facteur favorisant bien connu des cystites récidivantes, notamment parce que l'activité sexuelle peut faciliter le déplacement de bactéries vers l'urètre. Cela ne signifie pas que le partenaire « transmet » une cystite.

Ces trois situations sont donc différentes. Et surtout, leurs symptômes peuvent parfois se ressembler. Une sensation de brûlure n'est pas forcément une mycose, tout comme une irritation après un rapport n'est pas nécessairement une infection. L'histoire des symptômes, l'examen et, lorsque cela est nécessaire, des prélèvements ou analyses permettent de faire la différence.

Pourquoi cela peut-il perturber la sexualité ?

Lorsque la vulve ou le vagin sont irrités, la pénétration peut devenir douloureuse. 

Avec une cystite, le problème est un peu différent. Le besoin fréquent d'uriner, les brûlures urinaires ou la douleur pelvienne peuvent rendre toute activité sexuelle désagréable. Et lorsqu'une personne a déjà vécu plusieurs cystites après des rapports, une association peut progressivement se créer dans sa tête : « rapport sexuel = cystite ». L'appréhension peut alors apparaître avant même que les symptômes ne reviennent.

C'est un cercle assez classique : une première expérience douloureuse conduit à une diminution du désir ou à une appréhension, puis à davantage de tension pendant les rapports. Or une personne qui anticipe la douleur peut avoir plus de mal à se détendre et à ressentir du plaisir.

Il ne s'agit donc pas de dire que « tout est psychologique ». Le problème initial peut être parfaitement physique. Mais une difficulté physique répétée peut ensuite avoir des conséquences très réelles sur le désir, l'excitation, la lubrification, l'orgasme ou la relation de couple.

Est-ce que le sexe « donne » des mycoses ?

Pas au sens d'une infection sexuellement transmissible.

Une candidose vaginale n'est habituellement pas considérée comme une IST et elle n'est généralement pas acquise lors d'un rapport sexuel. Cela n'empêche pas les rapports sexuels de pouvoir jouer un rôle indirect. Les frottements, l'irritation locale, les modifications de l'environnement vaginal ou certains produits utilisés pendant les rapports peuvent participer au déclenchement ou à l'entretien des symptômes chez certaines personnes.

Et la vaginose ? Est-ce que mon partenaire me la transmet ?

Là encore, ce n'est pas une IST classique.

La vaginose est associée à certains facteurs sexuels, notamment un nouveau partenaire, plusieurs partenaires ou l'absence de préservatif, mais son mécanisme exact n'est pas complètement compris. Les bactéries associées à la vaginose peuvent également être retrouvées sur les organes génitaux masculins, sans que cela signifie pour autant qu'un homme soit « infecté » et qu'il transmette une infection à sa partenaire.

« Je suis allergique à mon partenaire » : une idée à nuancer

C'est une phrase que l'on peut entendre lorsqu'une personne constate qu'elle a régulièrement des brûlures ou des irritations après un rapport avec un partenaire particulier.

Dans la très grande majorité des cas, il ne s'agit pas d'une allergie au partenaire.

Il existe cependant une situation médicale réelle, mais rare : l'hypersensibilité au plasma séminal humain, parfois appelée à tort « allergie au sperme ». Il s'agit d'une réaction à certaines protéines du liquide séminal. Elle peut provoquer rapidement après le contact des brûlures, démangeaisons, rougeurs ou gonflements, et exceptionnellement des réactions allergiques générales. 

Il existe également des réactions à d'autres éléments utilisés pendant les rapports : latex, lubrifiants, spermicides, savons ou produits cosmétiques. Une irritation liée à l'un de ces produits peut facilement être interprétée comme une réaction « au partenaire ».

Il faut donc distinguer une véritable hypersensibilité, qui est rare, d'une irritation ou d'une modification de l'environnement vaginal, qui sont beaucoup plus fréquentes.

L'hygiène : trop ou pas assez ?

C'est probablement l'un des domaines où les idées reçues font le plus de dégâts.

Lorsqu'une personne souffre de mycoses ou de vaginoses à répétition, son premier réflexe est parfois de vouloir laver. Savons intimes, lavages répétés, produits antiseptiques, déodorants intimes ou douches vaginales peuvent alors se multiplier.

Or le vagin n'a pas besoin d'être nettoyé à l'intérieur. La flore vaginale constitue un véritable écosystème. Les douches vaginales sont notamment associées à un risque accru de vaginose et ne sont pas recommandées pour traiter les symptômes ou prévenir les récidives.

Cependant, la vulve peut être lavée délicatement, avec de l'eau ou un produit doux adapté si nécessaire. L'idée n'est pas de rechercher une propreté maximale, mais de limiter les agressions inutiles.

Faut-il arrêter d'avoir des rapports ?

Lorsque les rapports sont douloureux ou brûlants, faire une pause sur la pénétration pendant quelques jours peut simplement permettre aux tissus irrités de récupérer et au traitement de faire son effet. Cela ne signifie pas qu'il faut mettre toute sexualité entre parenthèses.

Les caresses, les massages, la masturbation, les baisers, le plaisir sans pénétration ou simplement les moments de proximité peuvent permettre de conserver une intimité sans solliciter une zone douloureuse.

L'important est surtout de ne pas transformer la sexualité en test : « Est-ce que ça fait encore mal ? » Lorsque l'on recommence un rapport, mieux vaut laisser la sensation guider le rythme et arrêter si la douleur apparaît.

En cas de vaginose traitée, les recommandations conseillent d'éviter les rapports sexuels ou d'utiliser correctement un préservatif pendant le traitement. Certains traitements locaux peuvent également altérer les préservatifs en latex pendant une période donnée ; il faut donc consulter la notice du produit utilisé.

Et le partenaire dans tout cela ?

Le partenaire peut parfois se sentir accusé, inquiet ou même rejeté . Ces interprétations sont rarement utiles.

Dans une candidose ou une cystite simple, le partenaire n'est généralement pas « responsable ». Une vaginose ne signifie pas non plus qu'il existe nécessairement une infection chez lui. Et une récidive ne signifie pas automatiquement qu'il y a une contamination mutuelle permanente.

En revanche, le partenaire peut avoir un rôle très important dans la manière de traverser l'épisode. Respecter une pause lorsqu'il y a de la douleur, ne pas insister pour une pénétration, accepter d'autres formes d'intimité et éviter de transformer chaque épisode en accusation peuvent considérablement diminuer la pression autour de la sexualité.

Que faire lorsque cela revient régulièrement  ?

Une brûlure, une démangeaison, une odeur inhabituelle ou des pertes peuvent avoir plusieurs causes. Une candidose, une vaginose, une irritation, une dermatose, une infection urinaire ou parfois une IST peuvent se présenter avec des symptômes proches. L'histoire seule ne permet pas toujours de faire la différence.

Lorsque les épisodes sont fréquents, lorsqu'un traitement ne fonctionne pas ou lorsque les symptômes reviennent rapidement, une consultation médicale permet de vérifier le diagnostic plutôt que d'enchaîner les traitements.

Pour les cystites récidivantes, la sexualité est effectivement un facteur important à rechercher. 

Et lorsque les épisodes se répètent, il peut être utile de regarder aussi ce qui se passe autour de la sexualité : douleur, lubrification, durée des rapports, produits utilisés, préservatifs, spermicides, rythme des rapports ou appréhension. Il ne s'agit pas de chercher un coupable, mais de comprendre ce qui peut favoriser les symptômes chez cette personne.

Quand consulter ?

Une consultation est particulièrement indiquée lorsque les symptômes sont nouveaux ou inhabituels, lorsqu'ils persistent malgré un traitement, lorsqu'ils récidivent fréquemment ou lorsque la douleur pendant les rapports devient importante.

Une consultation est également importante lorsque les symptômes s'accompagnent de fièvre, de douleurs pelviennes importantes, de douleurs lombaires, de sang dans les urines, d'une grossesse ou d'un état général altéré.

Et si les épisodes ont fini par modifier la vie sexuelle, cela mérite aussi d'être pris en compte. Une infection peut être guérie alors que la peur d'avoir mal, la diminution du désir ou l'évitement des rapports persistent. Dans ce cas, travailler sur la sexualité permet de sortir progressivement de cette association entre intimité et inconfort.

Retrouver une sexualité normale après une « petite infection »

Une mycose, une vaginose ou une cystite peuvent sembler être des problèmes très ordinaires. Pourtant, lorsqu'elles se répètent, elles peuvent progressivement modifier la façon dont on vit sa sexualité.

On peut commencer à anticiper la douleur, surveiller ses pertes, avoir peur d'un rapport, éviter la pénétration ou se demander si son partenaire est responsable. Parfois, le corps va mieux depuis longtemps, mais l'appréhension est restée.

Il n'y a pourtant pas de raison de considérer ces épisodes comme une fatalité ou comme le signe d'une « incompatibilité sexuelle ».

Le plus souvent, il s'agit de comprendre précisément ce qui se passe, de traiter correctement la cause lorsqu'elle est identifiée, de réduire les facteurs favorisants lorsqu'ils existent et de laisser à la sexualité le temps de redevenir une expérience de plaisir plutôt qu'une source de surveillance.

Et parfois, c'est précisément là qu'une consultation en sexologie et/ou médicale peut aider : non pas parce que « le problème est dans la  tête », mais parce que la santé génitale, le corps, les émotions et la sexualité sont étroitement liés.