Sommeil et sexualité : un duo souvent sous-estimé

Ce vendredi 13 mars est la journée mondiale du sommeil. On parle souvent de communication, de désir ou de complicité pour expliquer une sexualité épanouie. Mais un facteur beaucoup plus simple, et souvent négligé, joue un rôle déterminant : le sommeil.

Dormir suffisamment et dormir bien n’est pas seulement important pour la santé générale. C’est aussi un élément clé de la santé sexuelle.

Quand le manque de sommeil affecte le désir

Le corps humain fonctionne selon des équilibres hormonaux et neurologiques très sensibles. Lorsque le sommeil est perturbé, plusieurs mécanismes essentiels à la sexualité peuvent être affectés.

La privation de sommeil augmente par exemple les niveaux de cortisol, l’hormone du stress, tout en perturbant les hormones impliquées dans le désir sexuel. Résultat : fatigue, irritabilité, diminution de l’énergie et baisse de la libido.

Plusieurs recherches montrent que les personnes qui dorment mal présentent davantage de troubles sexuels. Certaines données indiquent même que les troubles du sommeil peuvent doubler le risque de dysfonction sexuelle et que dormir moins de cinq heures par nuit est fréquemment associé à une vie sexuelle moins satisfaisante.

Chez les femmes, une étude menée auprès de près de 1 000 participantes a également montré une association significative entre mauvaise qualité du sommeil et dysfonction sexuelle, notamment au niveau du désir, de l’excitation et de la satisfaction globale.

Autrement dit : le manque de sommeil agit souvent comme un frein biologique et psychologique au désir.

L’impact du sommeil sur l’excitation et la réponse sexuelle

Le sommeil influence aussi directement la physiologie sexuelle.

Pendant certaines phases du sommeil, notamment le sommeil paradoxal, le corps présente des réponses sexuelles spontanées : érections nocturnes chez l’homme et augmentation de la vascularisation génitale chez la femme. Ces phénomènes sont considérés comme des indicateurs du bon fonctionnement des mécanismes neurovasculaires impliqués dans la sexualité.

Lorsque le sommeil est fragmenté ou insuffisant, ces processus peuvent être altérés, ce qui peut se traduire par une diminution de l’excitation ou des difficultés érectiles.

Et si la sexualité aidait aussi à mieux dormir ?

La relation entre sommeil et sexualité fonctionne dans les deux sens.

L’activité sexuelle, en particulier lorsqu’elle mène à l’orgasme , favorise la libération d’ocytocine et de prolactine, deux hormones associées à la détente et à la somnolence. Ce mécanisme explique pourquoi de nombreuses personnes s’endorment plus facilement après un rapport sexuel.

Dans certaines enquêtes, environ 75 % des adultes déclarent dormir mieux après un orgasme, probablement en raison de cet effet relaxant sur le système nerveux.

Des études récentes suggèrent également que l’intimité et l’activité sexuelle peuvent améliorer la perception subjective de la qualité du sommeil et le bien-être général.

Ainsi, sommeil et sexualité entretiennent un cercle vertueux… ou au contraire un cercle vicieux lorsque l’un des deux est perturbé.

Ce que cela signifie en pratique

Dans l’accompagnement sexologique, on pense spontanément aux aspects relationnels ou psychologiques. Pourtant, l’hygiène de vie, et en particulier le sommeil, mérite souvent d’être explorée.

Une fatigue chronique, des réveils nocturnes fréquents, une insomnie ou même un trouble respiratoire du sommeil peuvent suffire à altérer le désir et la satisfaction sexuelle.

Améliorer la qualité du sommeil peut donc être une piste simple mais puissante pour restaurer l’énergie, la disponibilité mentale et la réponse sexuelle. Lorsque la fatigue, le stress ou le manque de sommeil commencent à impacter la sexualité, un accompagnement par un.e professionnel.le de la santé sexuelle peut aider à comprendre ce qui se joue et à retrouver un équilibre.

Parce qu’au fond, la sexualité n’est pas seulement une question de technique ou de désir : c’est aussi une question de repos.

 

Cet article a été rédigé par Axelle Camus, pharmacienne et sexologue, spécialisée dans l’accompagnement des troubles du désir, des douleurs sexuelles et des difficultés relationnelles liées à la sexualité.

Son approche combine connaissances médicales, sexologie clinique et écoute thérapeutique afin d’aider les patients à mieux comprendre leur fonctionnement intime et retrouver une sexualité plus sereine.

REFERENCES SCIENTIFIQUES

Kalmbach DA et al., Journal of Sexual Medicine, 2015

Chen J et al., Nature and Science of Sleep, 2023

Lastella M et al., Frontiers in Public Health, 2019


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